Quelques photos

Le Taxi Londonien

Voilà prés de 50 ans que ça dure. Inévitablement, la couleur noir est indissociable de cet engin. Triste ? Non, austère tout au plus. Quoique, dans Londres, on est souvent surpris de croiser des modèles dans une livrée bordeaux, blanc, immaculé, bleu ou quelques autres décors façon support publicitaire ambulant: jaune, avec le coquillage Shell, imitation papier journal pour certains quotidiens ou tabloïds etc...


  Le FX4S que je posséde est âgé de 30 ans dont 15 ans de bons et loyaux services, comme le confirme le compteur affichant un nombre inavouable de zéros (plus de 850.000km).

  Haut sur pattes avec ses 1.77m sous la toise, mon cab en impose ! De plein profil cette six glaces, dont les vitres coulissent verticalement comme sur certains wagons SNCF d'antant, offre une ligne plutôt équilibrée qui n'est pas sans rappeler, pour les plus anciens, uen Renault Colorale, en moins pataude: deux phares globuleux haut perchés dans les ailes, ces derniers surmontés d'un petit rétroviseur circulaire sur l'aile gauche, une paire d'anti-brouillard siègeant sur le pare-chocs, un capot moteur quasi horizontal et l'arrière en pente relativement abrupte.

  Tout cela, au premier abord, ne semble pas être d'un franc modernisme et même en 1958 l'engin pouvait paraître démodé.

  Les chromes ont pratiquement disparu. Il ne reste plus que les poignées de portes et du coffre, ainsi que les rétroviseurs. Les pare-chocs ont été remplacés par des modèles plus, dirons nous, conséquents.

  La seule note de couleur vient du répétiteur de clignotant orange sur l'aile avant, ainsi que des deux sigles AA et RAC sur la calandre aluminisée.

  L'arrière surprend par ses deux ébauches d'aileron dans lesquels viennent s'encastrer deux feux en amande. Sur le toit, une excroissance surmontée d'une casquette marquée "TAXI" renseigne le client. Auparavant, il pouvait y lire "FOR HIRE" (A louer), mais on a fini par préférer "TAXI", plus internationalement compréhensible... au cas où quleques distraits auraient des doutes sur l'usage du fameux "cab".


TAXIMAN 

  Allez, enfilons une casquete de taximan et passons derrière le volant, une place que même si vous êtes un anglophile avéré, vous n'avez certainement pas eu l'occasion d'essayer... à droite bien entendu.
  Après avoir escaladé le siége d'où l'on domine la route, la première impression est l'étroitesse de ce "compartiment" au contraire de l'espace dévolu au client. Au sol, sur le côté droit du conducteur, un extincteur  Made in UK en laiton des années 50.
  La tête du chauffeur, s'il est grand, touche le pavillon (ça peut s'arranger grâce au siège réglabe en hauteur, profondeur et en inclinaison) et le volant repose presque sur les cuisses. On est aussi un peu coincé sur la gauche à cause de la petite paroi de séparation du compartiment à bagages.

  La portière se ferme d'un "clong" qui rassure. Ici l'atmosphère est d'une extrème noirceur : vinyle des contre-portes, tableau de bord, volant... excepté une fois encore la couleur jaune orangé des deux loupiotes qui figurent de chaque côté des compteurs signalant l'ouverture de l'une ou l'autre des portes arrières.

  Derrière le volant à jante fine de dimension respectable et quasi vertical à direction assistée,(eh, oui !) on trouve un ensemble de compteurs Smiths dans la plus pure tradition britannique : tachymètre gradué en miles et en km/h, un ampéremètre au centre, et à droite un ensemble regroupant la tempèrature moteur, la pression d'huile et la jauge pour le gasoil.
  Autour du volant deux commodos, l'un pour les clignotant et le klaxon, l'autre pour les essuie-glaces. Un petit bouton poussoir pour les veilleuses et codes est dissimulé derrière le commodo du clignotant. Sur le côté droit du tableau de bord, une lumière rouge qui indique que le client est susceptible de quitter l'habitacle sans régler la note.   De ce fait, à l'arrêt il suffit d'appuyer sur  la pédale de frein pour  que cette action condamne les portes. Un authentique taximêtre se trouve sur la gauche du tableau de bord. C'est l'ancien système à chiffres à rouleaux avec la grosse poignée pour la pause, l'arrêt et la remise à zéro.

PRECHAUFFAGE ET DECIBELS 

  Avant tout, tournons la clef de contact située sous le volant et on actionne le préchauffage typique sur un véhicule à mazout. La diffèrence est auditive, pas de voyant de préchauffage sur le tableau de bord. Seul un "tic tic" régulier pendant quelques secondes vous indique lorsqu'il ne se fait plus entendre que l'on peut solliciter la bête. En revanche, si le taxi a déjà roulé peut avant, il démarre instantanément.

  Le cab s'ébroue à la première sollicitation du démarreur. Coup d'oeil dans le rétro. Confirmation, c'est bien un diesel, les volutes noires qui s'échappent du pot en attestent pendant quelques instants, puis tout rentre dans l'ordre.

  Devant le quatre cylindres tourne avec la régularité d'un péniche Britannique : un ronronnement qui rassure...pour une Anglaise.
  Rassurant peut-être, mais aussi présent dans l'habitacle du conducteur. La discussion en roulant entre le cabmanet son client est quasiment impossible. Avec cette génération de moteur diesel on pourrait s'attendre à de moults soubresauts ou vibrations, mais que nenni. Enfin, juste quelques trépidations ressenties dans le dos : bref un chauffeur de taxi londonien ne devient pas "Parkinsonien" en fin de carrière.

  Si le levier de la boite de vitesse automatique tombe naturellement sous la main, il faut en revanche aller chercher la pédale d'accélérateur suspendue.
  Allez,c'est parti, engagement de la boite auto, et le cab avance tout seul. On sent tout de même légérement le passage de vitesse à "l'accélération" Il faut reconnaitre que la boite de vitesse auto est ce qu'il y a de mieux pour déplacer les 1t600 de la bête. Le freinage est présent, voir susceptible. Il suffit de caresser la pédale de frein pour ressentir un, voir deux G négatifs. Il faut donc dompter le freinage pour que le client ne voit de plus près les publicités des strapontins !


LE BRAQUAGE

  Si mon cab n'est pas un foudre de guerre, en revanche il tire son épingle du jeu grâce à l'incroyable diamêtre de braquage : 7.60m : par comparaison, les voitures d'aujourd'hui descendent rarement en dessous des 11m !
  Ainsi le chauffeur haut perché domine la situation loin devant et peut anticiper avant de se retrouver coincé au coeur de Oxford Street : il lui suffit d'effectuer - sans prévenir son passager - un "U-turn" comme disent nos voisins : un demi-tour entre trottoirs en une seule manoeuvre. Au volant, c'est réellement époustoufflant !

 

  Evidemment, difficile de juger la tenue de route en ville : disons que mon cab ne se couche pas en virage, que la suspension est correcte à l'avant avec ses ressorts hélécoïdaux et très confortable à l'arrière malgrè la présence de bons vieux ressorts à lames placés sous les fesses des passagers.

Côté consommation, compter sur 10l en ville et 8l sur route. Pour les amateurs de senstions fortes, sachez que sur route, bien lancée, la bête atteint allégrement le 90 voir le 95 km/h.

Son utilisation sur longue distance, bien que possible, n'a donc rien  de particulièrement grisant.   Cela permet d'admirer les paysages traversés sans en perdre une miette !

 

LE CONFORT, C'EST L'ESPACE

 

  L'essai ne serait pas complet si l'on ne prenait place à l'arrière. Imaginons que l'on vienne vous chercher à la gare de St Omer : les bagages prennent places à  l'avant, à côté du chauffeur. Un excédent de colis peut atterir dans le coffre qui s'ouvre à la manière des Mini, c'est à dire en basculant vers le bas, la porte étant retenue de chaque côté.   Sa contenance n'est pas extraordinaire, mais elle suffirait amplement  à dissimuler un cadavre et un alibi. La roue de secours y trouve également sa place.

  Les portes arrières  à ouverture antagoniste, donnent accès à une banquette de skai épais délimitée par deux accoudoirs placés sur les passages de roues: une banquette qui accueille trois personnes avec en face deux strapontins sur lesquels se trouvent des  publicités amovibles.

 

  Assis, la première impression  est l'espace très généreux. Tout d'abord, la garde au toit (le pavillon reçoit un vinyl clair tigré) qui permet de conserver son chapeau melon , voir son haut de forme,  un plancher bien plat recouvert d'un épais tapis en caoutchoouc gaufré style tablette de chocolat.

Depuis plusieurs années, les London Cab ont été réaménagés aux fins de pouvoir transporter des chaises roulantes. De ce fait la porte arrière gauche s'ouvre à 90° et un jeu de rampes  en alu permet de pousser la chaise directement dans l'habitacle  où une ceinture de sécurité adaptée est prévue pour la chaise et son occupant. Ce dernier circule dos à la route.

  Une paroi sépare les passagers du compartiment chauffeur. Elle est vitrée, mais une petite vitre coulissante permet tout de même un relatif contact verbal avec le conducteur, et constitue  par là même un sytème anti agression efficace.

  Au fait, à propos des strapontins, voici un petit conseil. Ne pas se lever brusquement car ils remontent  instantanèment, cognant vigoureusement la paroi de séparation ce qui fait sortir le chauffeur de sa torpeur. Une chose est sûre, il faut être bien au fond de la banquette, et ce pour éviter de se retrouver à genoux lors d'un freinage intempestif. D'où la palque sur la cloison qui rappelle la consigne "Please, sit wellback in your seat for safety and comfort". Parallèlement, on a vite fait de comprendre la nécessité des six poignées de maintien, que ce soit pour s'extirper  de son siège ou lors de demi-tour.

  A peine le temps de détailler  l'équipement (plafonniers, cendriers et chauffages individuels), que le taxi est à votre destination.

  Alors pour régler la note, sachez qu'il est de tradition de sortir d'abord du taxi et de payer ensuite à l'extérieur. Et ce , quel que soit le temps !

Le cab en guest star

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